Le Pape d'Hitler

Publié le par Pierre

Alors que Benoît XVI réfléchit à béatifier son prédécesseur Pie XII, pape de 1939 à 1958, la polémique, alimentée par les médias et certains membres de la communauté juive, souffle contre celui qui est accusé de complicité avec le régime nazi pendant la Seconde guerre mondiale.

 

  Dans l'Église catholique, le processus de béatification, engagé par le Pape, précède la canonisation, qui rend le béatifié saint. Lorsque Benoît XVI s'est dit favorable à la béatification de Pie XII, dont la procédure a été lancée dans les années 1960, il a provoqué un scandale. Des membres de la communauté juive internationale lui reprochent de ne pas s'être élevé contre le génocide juif alors qu'il était pape. Relayée par les médias, l'affaire fait grand bruit. Pourquoi ? Quels sont les faits ?

On reproche au pape Pie XII non seulement de ne pas avoir protesté contre le génocide juif, mais d'avoir favorisé la conquête de l'Europe par l'Allemagne nazie en encourageant les Catholiques à se rallier au IIIe Reich. En effet, Hitler et le pape avaient signé un Concordat, qui établissait de bonnes relations entre l'Allemagne et le Vatican. Les tenants de cette thèse s'appuient notamment sur une pièce de théâtre, Le Vicaire, jouée à Berlin en 1963 et adaptée au cinéma par Costa-Gavras qui en fit le film Amen. en 2002.

En 1999 paraît l'ouvrage d'un journaliste anglais, John Cornwell, avec pour titre : Hitler's pope, « Le pape d'Hitler ». Cet ouvrage prétend s'appuyer sur des documents inédits et les archives du Vatican, pour prouver l'alliance infernale du Vatican avec le Reich. Le livre est loué pour ses innombrables qualités historiques. Il devient un véritable succès de librairie et le livre de chevet de tous ceux qui veulent se renseigner sur la question... Encore aujourd'hui, grâce au vieux fond anti-clérical de certains médias français et de l'absence de connaissances historiques établies, l'opinion commune accrédite la thèse du "pape d'Hitler".

 

L'ennui, c'est que la réalité historique est autre. Eugenio Pacelli, futur Pie XII, connaissait bien l'Allemagne, en tant qu'ancien nonce apostolique en Bavière puis à Berlin. En tant que collaborateur du pape Pie XI, il n'a rien caché sur la véritable nature du régime.


Le 14 mars 1937, le pape Pie XI publie la lettre encyclique Mit brennender Sorge (avec la plus grande inquiétude) destiné aux évêques d'Allemagne et concernant la situation dans le Reich. Il y invite à la tolérance pour toutes les communautés ethniques, dénonce la persécution et les camps de concentration, ainsi que les intrigues visant dès le début à une guerre d'extermination. C'est clair et net. L'encyclique sera lue dans toutes les églises allemandes. Furieux, Hitler ordonne que toute personne prise en possession de ce texte sera arrêté. Himmler et les SS intensifient le harcèlement des Catholiques.

 

Lorsque la guerre éclate, le pape Pie XII ne compte pas changer d'opinion vis-à-vis de l'Allemagne. Lors de son message de Noël 1939, il déclare : «Nous avons dû, hélas ! assister à une série d'actes inconciliables aussi bien avec les prescriptions du droit international qu'avec les principes du droit naturel et même les sentiments les plus élémentaires d'humanité. Ces actes exécutés au mépris de la dignité, de la liberté, de la vie humaine crient vengeance devant Dieu. ». En Allemagne, la réaction des Nazis est alors si violente contre les Catholiques que les évêques du pays supplient le pape de ne plus s'indigner de cette façon.


Les Catholiques étaient minoritaires dans le Reich (entre 25 et 30 millions, vivant en Bavière et en Autriche), mais ils représentaient une puissance à contrôler, d'autant qu'ils obéissaient à Rome, un pouvoir étranger. Adolf Hitler avait grandi dans une famille catholique de Bavière, mais il s'était complètement détourné de la religion. Il restait déïste, croyant qu'une "Providence" veillait sur lui, mais était profondément scientiste et antichrétien ; il considérait notamment le christianisme comme "l'oeuvre d'un Juif". Le nazisme était raciste, dominateur et païen à la source. Les principaux idéologues du régime, Rosenberg, Himmler, Gobbels, étaient farouchement antichrétiens.

De leur côté, les Protestants (40 millions) se sont vite ralliés au régime nazi: pour beaucoup, le chancelier Hitler était l'héritier de Luther dans sa lutte contre Rome. Le N°2 du parti national-socialiste Rudolf Hess (qui mourra en protestant puritain dans sa prison) considérait en effet l'Eglise catholique et les Juifs comme les principaux ennemis du pays. De plus, la culture luthérienne légitime l'obéissance aveugle à l'autorité politique. En 1933, Hitler créa l'Eglise du Reich, qui rassemblait les 28 Eglises protestantes allemandes, avec à sa tête l'évêque nazi Ludwig Müller. Une minorité de pasteurs entra en résistance à la fin des années 30 contre le régime, mais ils furent très peu suivis.


En juillet 1942, les évêques hollandais ont protesté contre la persécution des Juifs : aussitôt les Nazis organisèrent une fouille minutieuse des monastères et des couvents. Dans tout le pays, il en résulta une rafle de très nombreux Juifs cachés là. Le 26 juin 1943, Radio Vatican déclare que « QUICONQUE ÉTABLIT UNE DISTINCTION ENTRE LES JUIFS ET LES AUTRES HOMMES EST EN CONTRADICTION AVEC LES COMMANDEMENTS DE DIEU. La paix dans le monde, l'ordre et la justice seront toujours compromis tant que les hommes pratiqueront des discriminations entre les membres de la famille humaine. ». C'est une excommunication en règle. Le New York Times cite et acte ce message dans son tirage du jour suivant. L'armée allemande en Italie surveille étroitement les allées et venues au Vatican jusqu'à la libération de la ville en 1944. Le Pape Pie XII enfermé dans son enclave italienne était une cible potentielle d'un enlèvement nazi et il a pris des dispositions pour qu'un concile se tienne en Suisse pour élire son successeur au cas où les Nazis le retiennent prisonnier et se servent de lui pour contrôler les Catholiques.


En fait, Pie XII a peu parlé mais il a beaucoup agi. Diplomate de formation et de caractère discret, il n'a peut être pas été assez démonstratif dans ses protestations pour ne pas provoquer des représailles nazies envers les fidèles, mais en sous-main, il a multiplié les caches de Juifs dans les monastères de Rome.

 

Ce vieux mythe de pape nazi est absurde, il s'agit d'un prétexte pour discréditer le Vatican. En 2005, le rabbin David Dalin écrit (fort justement): « Imputer la condamnation qui revient à Hitler et aux Nazis à un pape qui s'opposa à eux et était ami des juifs est une abominable calomnie. Quels que soient leurs sentiments vis-à-vis du catholicisme, les juifs ont le devoir de rejeter toute polémique qui s'approprie la Shoah pour l'utiliser dans une guerre des progressistes contre l'Église catholique.»


Pour conclure, voilà ce que disait le 1er ministre d'Israël Golda Meir à la mort de Pie XII: « Pendant la décennie de terreur nazie, quand notre peuple a subi un martyre terrible, la voix du pape s'est élevée pour condamner les persécuteurs et pour invoquer la pitié envers leurs victimes».

 

 

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