Les tulipes et les minarets

Publié le par Pierre

Le 4 juin 2009, le Partij voor de Vrijheid (Parti pour la liberté) a recueilli 17 % des voix aux élections européennes, faisant de ce mouvement classé à l'extrême-droite la deuxième force politique des Pays-Bas. Du bain béni pour le leader du PVV Geert Wilders, qui milite depuis trois ans contre "l'auto-islamisation" de la Hollande.


Geert Wilders est une personnalité ambigüe qui est en passe de devenir le nouvel homme fort de la scène politique hollandaise. Fils d'un allemand fuyant le nazisme, issu d'un milieu catholique modeste, ce grand blond qui promène un air de planteur de tulipes heureux de la vie et un sourire de tribun cynique a été conseiller municipal d'Utrecht avant de se faire élire député. Depuis l'assassinat du cinéaste Theo Van Gogh par un islamiste en 2004, il a fait du combat contre l'Islam son cheval de bataille. « L'islam est une religion fasciste et autoritaire. Quant à Mahomet, c'était un fou, un meurtrier, un pédophile, un idiot... » a-t-il déclaré tout récemment à l'envoyé spécial du Journal du Dimanche aux Pays-Bas. Geert Wilders compare le Coran au Mein Kampf d'Adolf Hitler, fulmine contre la place réservée aux femmes et aux homosexuels par l'Islam, et juge la religion musulmane incompatible avec la culture hollandaise. En mars 2008, il a diffusé un médiocre petit film, Fitna, qui présente l'Islam comme une secte d'assassins. Interrogé à l'époque par Le Figaro, il précise sa pensée: « Un million de musulmans pour 16 millions de Hollandais, c'est trop. (...) Je le dis de manière plus claire : ma culture est meilleure que la culture islamique. Nous ne traitons pas les femmes, les homosexuels, les relations politiques au sein de la société, comme cette culture retardée. Les individus sont égaux. ».
Outre ses provocations contre l'Islam, Geert Wilders milite pour le rattachement de la Flandre aux Pays-Bas. Hostile à l'Union européenne, il veut exclure la Roumanie et la Bulgarie, des "États corrompus", et "tuer" le Parlement de Strasbourg. Il réclame aussi le rattachement des minorités hongroises de Serbie et de Roumanie à une "Grande Hongrie" (sa femme est hongroise).

Alors qu'en France, on préfère se taire sur le résultat des élections hollandaises, la Commission de Bruxelles demande des explications aux Pays-Bas: comment un parti aussi xénophobe a-t-il pu remporter autant de voix? Loin des états d'âmes romantiques des classes politiques, les électeurs hollandais sont de plus en plus nombreux à regarder d'un bon œil le programme du PVV. « Il plaît aux classes populaires, qui n'ont pas profité de la mondialisation, qui ont peur de l'avenir, des changements culturels et sociaux», analyse dans le Journal du Dimanche Chris Huinder, de Forum, une association qui promeut le développement multiculturel aux Pays-Bas.
« Ce n'est pas vrai du tout que Wilders recueille des voix dans les banlieues ; tout le monde le sait même si on ne le dit pas », répond Sylvain Ephimenco, journaliste franco-hollandais, qui a été pendant 20 ans correspondant de Libération à Rotterdam. « Aujourd'hui, les électeurs de Wilders sont des gens cultivés, même si au début c'était la Hollande des classes modestes, des tatoués. Beaucoup d'universitaires et de gens de gauche votent pour lui. Le problème, c'est tous ces voiles islamiques. »

Le succès de Geert Wilders est dû à une grave crise d'identité que traversent les Pays-Bas. Traumatisés par l'occupation allemande pendant la Seconde guerre mondiale, les Hollandais ont rejeté le mode de vie strict et puritain hérité de la religion protestante dans les années 1950. Les nouvelles mœurs se sont empressées de combler le vide, alors que les valeurs spirituelles et morales s'effondraient. En 2009, la Hollande est un pays majoritairement athée, où le cannabis, la prostitution, le mariage et l'adoption homosexuels ont été légalisés. D'un autre côté, la réussite économique et l'ouverture des frontières ont attiré un nombre croissant d'immigrés, en grande partie musulmans. Le multiculturalisme, encouragé par les gouvernements de gauche, a remplacé tout sentiment d'identité. « C'est le pays où le libre arbitre individuel est le plus développé – au point que l'euthanasie des enfants y est permise – où l'identité chrétienne s'est le plus effacée, où la présence musulmane devient la plus arrogante.» commente Sandro Magister, un grand journaliste italien spécialiste du Vatican.

Cet état de fait inédit a engendré une société complètement schizophrène. La Hollande athée, moderne, rationnelle et libérale fait face à une Hollande gagnée par l'islamisme le plus dur, qui appelle au meurtre des homosexuels, et applique la Charia.
La ville de Rotterdam est la meilleure illustration de ce pays à double visage. C'est dans cette importante métropole que le journaliste italien Giulio Meotti a mené un grand reportage intitulé "Dans la cashba de Rotterdam", paru le 14 mai 2009 dans Il Foglio. Le récit est saisissant. On apprend que le maire local Ahmed Aboutaleb est le fils d'un imam élu grâce au vote de la communauté musulmane, qui est devenu majoritaire. Des quartiers entiers vivent comme au Pakistan. Les femmes portent le hijab, le voile intégral, et ont imposé aux piscines municipales des horaires spéciales pour ne pas rencontrer d'hommes. Les théâtres n'ont pas le droit de présenter des pièces qui critiquent l'Islam ou qui parodient la vie du prophète Mahomet. Les églises, vides depuis longtemps, sont transformées en mosquées. Giulo Meotti rapporte dans son reportage cette anecdote: «Il y a un an, la ville est entrée en ébullition quand les journaux ont rendu publique une lettre de Bouchra Ismaili, conseillère municipale de Rotterdam: "Ecoutez bien, freaks fous, nous sommes ici pour y rester. C'est vous qui êtes des étrangers ici, avec Allah de mon côté je ne crains rien ; laissez-moi vous donner un conseil: convertissez-vous à l'islam et trouvez la paix".»
« Nous avons fini par créer une société parallèle. Les musulmans sont majoritaires dans beaucoup de quartiers et demandent la charia. Ce n'est plus la Hollande. Notre usage de la liberté a fini par se retourner contre nous, c'est un processus d'auto-islamisation » se lamente Bart Jan Spruyt, intellectuel protestant qui collabore au quotidien hollandais Elsevier.

L'étendue d'un tel phénomène n'est pas seulement localisé en Hollande. Il est européen. L'Islam est la troisième religion de l'UE, avec plus de 15 millions d'adeptes, et le nombre de musulmans en Europe a augmenté de 800.000 ces deux dernières années. Leur taux de natalité est largement supérieur à celui des populations occidentales vieillissantes qui ne renouvellent pas leurs générations. En Grande-Bretagne, en Allemagne, en France, les problèmes concernant l'intégration de ces musulmans se multiplient, donnant des arguments aux différents mouvements d'extrême-droite. En 2006, le magazine L'Express commentait: « L'actualité européenne (...) donne l'impression que dans la plupart des pays membres l'islam est devenu sinon un ennemi, du moins un problème commun ». L'Europe, jadis unie contre les Turcs, sera-t-elle désunie par cette immigration incontrôlée ?

Le phénomène hollandais est particulièrement riche en leçons. Au-delà des gesticulations électorales de Geert Wilders (que les sondages désignent comme futur Premier ministre des Pays-Bas en 2011), il est intéressant de noter certains de ses arguments. Interviewé le 3 mars 2009 par Riposte laïque, une revue proche des francs-maçons, Geert Wilders dénonce le relativisme culturel et la déchristianisation de l'Europe: « La plus grande maladie actuelle de l'Europe, c'est le relativisme culturel. Non pas le multiculturalisme, mais cette fausse idée politiquement correcte et gauchiste, qui prétend que toutes les cultures sont égales, ce qui est absurde. Quand on compare la culture chrétienne avec la culture musulmane, on peut constater énormément de différence. Comparer le christianisme à l'islam, c'est comparer la rationalité à la barbarie.(...) Je pense que notre culture judéo-chrétienne est meilleure que l'islam. »

Enfin, cette réflexion de Sylvain Ephimenco, l'ancien correspondant de Libé, journal volontiers anti-clérical, cité par Meotti: « Quand je suis arrivé ici, dans les années Soixante, la religion était en train de mourir, un fait unique en Europe, une déchristianisation collective. Et puis les musulmans ont remis la religion au centre de la vie sociale. Aidés par l'élite antichrétienne. »

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