Les leçons anglaises de l'Europe

Publié le par Pierre

Abstention massive ; protectionnisme ; poussée des populistes et des eurosceptiques ; absence de finalités politique, géographique et civilisationnelle... Et si le scrutin du 7 juin 2009 était l'occasion de faire changer l'Union européenne ?

Nigel Farage est un député anglais au Parlement européen. Ce sujet de Sa Gracieuse Majesté à l'air dégingandé, natif de Farnborought, dans le comté du Hampshire, est la caricature parfaite du conservateur britannique tranquille attaché à l'indépendance et à la particularité de son île, avec son tea, ses cottages, ses centaines de congregations protestantes différentes et son boeuf bouilli.
Président du groupe Indépendance et Démocratie à Strasbourg (20 élus, dont le français Philippe de Villiers), Farage est aussi le leader du United Kingdom Independance Party, un mouvement politique plus que souverainiste dont le programme est simple: faire sortir au plus vite le Royaume-Uni de l'Union européenne ! Un exemple du fameux humour anglais ? Les membres du Parlement européen aimerait bien que ce soit simplement une blague. L'UKIP est arrivé deuxième lors des élections au Royaume-Uni, avec 14 députés, et devant le Labour de Gordon Brown, pourtant pillier de la Social-démocratie de l'UE... Et ce que ces élus UKIP ont à dire est d'un autre registre que le concert de louanges adressé d'habitude à l'Europe: avec son typique accent du Kent, Nigel Farage est le premier à dénoncer le caractère "anti-démocratique" du Parlement du Strasbourg. Bigre ! Ou plutôt shocking ! L'Europe de Bruxelles n'est-elle pourtant pas le modèle de démocratie qu'on nous promet ? N'est-elle pas ce paradis kantien où l'Homme pourra atteindre sa véritable nature, à l'abri des guerres et des "populismes" ?


Nigel Farage force le trait. Il agite le spectre d'un Parlement soviétique et caricature la réalité. L'Europe n'est pas l'URSS. L'Europe est quelque chose d'unique, un formidable élan de générosité et d'imagination qui rassemble les différents pays autour d'un projet commun. Pourtant, il pointe un problème grave, qui est le mépris du peuple de la part des élites chrétiennes-démocrates, socialistes et écologistes de Bruxelles. La volonté démocratiquement exprimée des citoyens qui composent l'Union a été bafouée, comme lors des "non" français, hollandais et irlandais que l'on a transformé en "oui" de force, sous prétexte d'un intérêt supérieur de la construction européenne. Nul ne peut donc s'étonner après ça du dégoût de 57 % des électeurs européens.

A ce triste constat s'ajoute d'abord l'incapacité de l'Europe de protéger les européens de la crise économique. Par ses directives, Bruxelles détruit sur le plan national tout ce qui pouvait s'y opposer. Le libre-échangisme à outrance voulu par l'Allemagne pour développer ses exportations aggrave les effets de la crise, alors que les Pays baltes et la Hongrie peuvent dire adieu à un plan de stabilisation de leurs banques.

Mais ce qui est plus grave, c'est l'absence de finalités et de définitions de l'UE. L'Europe est-elle un produit de l'universel, ou un héritage géographique et culturel propre ? Ce n'est pas être populiste que de reconnaître que les racines de ce continent sont chrétiennes. Que notre civilisation est issue de la pensée grecque, de l'humanisme, des Lumières. Que si notre identité était uniquement basée sur les droits de l'homme, la démocratie et le progrès, tous les pays auraient vocation à devenir européens. Mais ce n'est pas la priorité de Bruxelles de le dire. L'Europe, construction sans identité ni histoire.

Loin de constituer un pôle indépendant sur la scène internationale, entre la Chine et les Etats-Unis, l'Europe se soumet au grand frère américain. Elle se jette dans les bras d'un OTAN globalisé, outil des intérêts américains contre la Russie orthodoxe. Elle discute, enfin, de l'adhésion de la Turquie, pilier de la stratégie américaine au Moyen-Orient, en attendant la Géorgie et Israël, protégés de Washington ?
En réalité, l'Europe ne veut pas se défendre elle-même, persuadée que la guerre ne peut arriver qu'aux autres (et la Yougoslavie, c'est quoi ?) et qu'il vaut mieux laisser les Américains se charger de sa sécurité. Plus de guerre ! Paix aux hommes ! Joie éternelle sur la Terre ! Ce qui ressemble aux cantiques de Noël chantés par le catholique "père de l'Europe" Robert Schuman est devenu le credo de la politique de l'UE, petite Suisse qui pense être à l'abri, bien au chaud sous un parapluie d'acier made in USA. L'Europe se nourrit du mythe que la guerre appartient au passé, et que ses valeurs démocratiques ne la feront plus jamais retomber dans les horreurs d'un conflit armé. Dangereuse illusion. L'UE n'est pas à l'abri de ses contradictions ni de la nature humaine. Elle laisse d'ailleurs germer les graines de la violence en son sein, avec l'immigration sauvage de masse et l'indépendance du Kosovo, qui va entraîner une réaction en chaîne.

Le rêve de l'Europe fédérale chère à la commission de Bruxelles et aux euroenthousiastes de Paris est-il mort pour autant ? A en croire Jean Dominique Giuliani, de la fondation Robert Schuman, le fait que la majorité de droite au Parlement de Strasbourg soit sortie confortée des dernières élections est un évènement majeur, qui va enfin amener les peuples vers l'aboutissement du projet des Pères fondateurs... Que c'est beau !

Les prochaines décisions seront décisives pour les peuples d'Europe. Car, quoi que revendiquent Nigel Farage et les divers europhobes, notre destin est à présent lié. Nous allons tous sur le même chemin... Mais lequel ?

Dernier détail amusant: à Farnborought, lieu de naissance et fief du député UKIP Farage, se trouve la St Michel's abbey, qui abrite la dépouille de Napoléon III. Le monarque avait en effet fini ses jours en Angleterre, chassé par ses anciens sujets et par sa défaite contre la Prusse en 1870. Or, cet empereur moderne avait mené une politique révolutionnaire en Europe ; il avait brisé l'équilibre du Congrès de Vienne, aidé à l'unification de l'Italie et redessiné la carte du continent selon le principe des NATIONS: chaque peuple doit pouvoir disposer de lui-même dans un Etat qui lui est propre ! L'antithèse de l'Europe fédéraliste défendue par Bruxelles et combattue par Nigel Farage...


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