Le spectre du Karachigate

Publié le par Pierre

De nouvelles pistes de l'enquête sur l'attentat de Karachi en 2002, qui a coûté la vie de 11 ingénieurs français, privilégient désormais la thèse d'une affaire d'Etat à laquelle des hommes politiques de premier plan seraient liés.

Le 8 mai 2002, un kamikaze au volant d'une voiture bourrée d'explosifs jetait son véhicule contre le bus transportant des ingénieurs et des techniciens de la Direction des chantiers navals (DCN) en mission en Karachi. Onze Français ont péri dans l'attentat, ainsi que trois Pakistanais. On avait alors immédiatement évoqué la piste d'Al-Qaïda. De retour à Paris, les dépouilles des ingénieurs français avaient été décorées à titre posthume par le président Chirac. A l'époque, le Pakistan était lié à un accord de défense avec la France datant de 1994, qui fournissait à la marine pakistanaise une aide technique pour la construction de sous-marins nucléaires. Sept ans plus tard, deux suspects arrêtés suite à l'attentat, accusés de terrorisme islamiste, sont relâchés par la justice pakistanaise, faute de preuve.

Or, le 18 juin 2009, les juges antiterroristes français chargés du dossier annoncent aux familles des victimes que la piste d'Al-Qaida, jusqu'ici privilégiée, avait été abandonnée au profit de la thèse d'une affaire d'Etat. L'avocat des familles, Me Olivier Morice déclare le jour même au journal Ouest France: «On nous cache des choses»et réclame toute la lumière sur cette affaire. Que s'est-il passé ? Qui a commandité l'attentat de Karachi ? Pour quels motifs ?

La thèse des enquêteurs, qui semble se confirmer de jour en jour, est la suivante. En 1994, l'accord conclu entre la France et la Pakistan garantit aux militaires pakistanais de juteuses commissions et à l’industrie française de l’armement un joli contrat de 825 millions d’euros. En échange de ces dessous-de-table, des rétro-commissions font le chemin inverse, de Karachi à Paris, via des sociétés écrans et des paradis fiscaux. Ce formidable pactole est alors destiné à financer la campagne présidentielle d'Edouard Balladur, Premier ministre rival de Jacques Chirac dans la course au pouvoir, dont le ministre du Budget n'est autre que le jeune et ambitieux Nicolas Sarkozy. Mais, malgré des sondages prometteurs et l'aide de TF1 et du journal BCBG Le Figaro (les mêmes qui ont soutenu Sarkozy en 2007), Balladur s'écroule, et c'est Jacques Chirac qui est élu. Pour priver Edouard Balladur de son trésor de guerre, le nouveau président  rompt la parole de la France et décide l'arrêt du versement des commissions aux Pakistanais.Ces derniers, furieux, organisent donc l’attentat de Karachi, pour "punir" la France et la forcer à reprendre les versements promis... Le Pakistan aurait donc froidement abattu des civils français pour une histoire de sommes d'argents dont ont profité des politiciens de la République !

L'affaire est sérieuse. C'est digne d'un roman d'espionnage de Tom Clancy. Mais l'histoire prouve que parfois la fiction de ne s'éloigne pas beaucoup de la réalité. Il est désormais avéré que les attentats qui ont ensanglanté la France dans les années 1980 étaient l'oeuvre des services secrets iraniens pour obliger l'Etat français à restituer à l'Iran le prêt "Eurodif", qui avait servi à construire les centrales nucléaires de Pierrelatte et de Tricastin. Vous ne voulez plus payer ? Boum ! Vous nous devez du pognon ? Boum ! Rien de plus simple, ensuite, d'accuser les organisations terroristes qui ne manquent pas dans ce monde instable. Des terroristes musulmans bien réels dont certains pays se servent pour des motifs moins religieux...

L'hebdomadaire Le Point évoque l'existence d'un document daté de septembre 2002: "Sous le nom de code « Nautilus », il résume les conclusions d’une mission de renseignement commandée par la DCN dans les mois qui ont suivi l’attentat. (...) Le texte débute ainsi : «  Après de nombreux contacts, tant en Europe qu’au Pakistan, nous parvenons à la conclusion que l’attentat de Karachi a été réalisé grâce à des complicités au sein de l’armée.  » Les auteurs anonymes précisent que « les personnalités militaires ayant instrumentalisme le groupe islamiste qui a mené à bien l’action poursuivaient un but financier » : le versement de « commissions non honorées » sur la vente des sous-marins, dans le cadre du contrat Agosta. Le rapport affirme en effet que ces versements avaient été interdits par Jacques Chirac en 1995, aussitôt après son entrée à l’Elysée, afin d’ « assécher les réseaux de financement occultes » au service d’Edouard Balladur. Mais le veto présidentiel aurait, par ricochet, privé certaines personnalités pakistanaises des sommes qu’elles attendaient". Interrogé le 23 juin par Paris Match, l'ancien ministre de la Défense de Chirac en 1995 confirme: "Jacques Chirac m’a demandé de passer en revue les différents contrats de ventes d’armes en cours et de stopper le versement des commissions pouvant donner lieu à des rétrocommissions. C’est ce qui a été effectué."

Dès le 19 juin, le président de la République Nicolas Sarkozy est  interrogé en conférence de presse à Bruxelles par un courageux journaliste de l'AFP qui ose la question suivante: "il semblerait que l’origine de l’attentat ne soit pas due à un acte terroriste mais plutôt à des représailles de l’Etat pakistanais après le non versement de commissions. On parle même de rétro-commissions qui auraient pu alimenter la campagne d’Edouard Balladur en 1995. Est-ce que, en tant que ministre du Budget, vous avez été au courant de tels accords ?". Le chef de l'Etat se défend aussitôt, prenant un ton assez méprisant: "Enfin écoutez c’est ridicule. Franchement, monsieur, franchement c’est ridicule. Pas vous, hein, je me permettrais pas, je vous respecte mais enfin écoutez. (...) C’est grotesque, voilà, c’est ma réponse. (...) On est dans un monde où tout se sait, où la notion de secret d’Etat n’existe plus. (...) S’il vous plaît mais qui peut croire à une fable pareille ? Qui peut croire à une fable pareille ? (...) Non pardon, hein, je ris pas du tout parce que Karachi c’est la douleur de familles et de trucs comme ça… mais… qu’est-ce que vous voulez que j’aille répondre là-dessus ?"

Le président Sarkozy donne deux réponses étranges. D'abord, il affirme que les accusations portées contre l'Etat français sont "ridicules". Soit. Cependant, si la responsabilité d'Edouard Balladur est avérée, il serait incompréhensible que son fidèle lieutenant n'ait pas été tenu au courant. Le site internet Bakchichvèle qu'en mars 2007, un rapport de la Division nationale des investigations financières remis à la justice note qu'une société a été crée au Luxembourg en 1994 «  avec l’aval du ministre Nicolas Sarkozy » pour aider à la distribution de commissions sur des ventes de "sous-marins"... Ensuite, Nicolas Sarkozy affirme que "la notion de secret d'Etat n'existe plus". Il s'agit d'un mensonge grossier. Le secret d'Etat existe, et il est nécessaire au bon déroulement de certaines manoeuvres,  militaires notamment, relevant de la sécurité nationale. Le danger de ce secret est bien sûr de permettre à l'Etat de supprimer les informations qui limiterait son impunité.

On remarquera que le président utilise le terme "trucs" pour désigner la douleur des familles des victimes. C'est une atteinte à la dignité de personnes qui attendent le résultat d'une instruction en cours.

L'affaire de Karachi, qu'on surnomme déjà comme le "Karachigate", sera-t-elle étouffée et classée, comme le scandale de la vente des Frégates de Taïwan, qui arrosait de nombreux politiciens, gauche et droite confondues ? En tout cas, force est de constater que la vérité, même partielle, finit toujours pas ressurgir.

Enfin, un dernier élément, qui ferait plutôt sourire, s'il n'était pas question de mort d'homme: pour se venger de cet affront fait à la France, les services secrets de la DGSE ont appliqué la loi du talion quelques mois après l'attantat de Karachi en liquidant un militaire pakistanais de haut rang... et en brisant les jambes de trois amiraux de la marine du Pakistan. Nom de l'opération: "Casser des genoux". Quel humour, ces barbouzes ! Oeil pour oeil, dent pour dent.

Publié dans Politique

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renaud 03/07/2009 22:49

ce commentaire ne concerna pas cet article ( très intéréssant ) mais ton retour en bretagne car vu que tu n'as plus de portable, c'est le seul moyen rapide que j'ai pour te dire quelque chose.

j'aimerai savoir c'est quand que tu revien en bretagne, le 7 ? le 8 ?

car si c'est le 7, je propose de faire un bowling à ploermel car c'est intéréssant, c'est 2 euros la partie donc voila

c'était pour savoir, j'espère que tu véra ce mesage avant ton arrivé, ce serai mieux ^^

autrement comment va tu et quoi de 9 ?

à bientot et prend soin de toi