Infanticide: les portes de la barbarie sont ouvertes
Il y a des causes pour lesquelles on ne peut se taire. La vie humaine, par exemple.
Alors que des milliers de jeunes lycéens planchaient sur leur bac de Philosophie, matière noble s'il en est, qui amène à réfléchir notamment sur le sens et la valeur de la vie, la cour d'assises d'Indre-et-Loire a condamné jeudi 18 juin Véronique Courjault à huit ans de prison pour infanticide: en 1999, 2002 et 2003, elle a, selon ses aveux, tué les trois enfants qu'elle avait mis au monde. Mme Courjeault devrait bénéficier d'une liberté conditionnelle d'ici un an.
La première chose qui surprend est l'étonnant libéralisme du verdict. Le jury a choisi une peine relativement faible par rapport au réquisitoire de l'avocat général. Etonnante justice française ! Alors que le hooligan néo-nazi Maxime Brunerie, parce qu'il a tenté de prendre la vie d'un homme (certes président de la République), croupira dans une cellule jusqu'en 2014, Véronique Courjault qui a mis fin à la vie de trois êtres humains pourra sans doute être libérée l'année prochaine...
Le deuxième aspect de ce procès est plus grave et plus sérieux. Il touche à la vie de l'enfant. Selon un avocat, Mme Courjault ne se considérait pas enceinte "dans sa tête", elle avait donc le droit de ne pas l'être "dans son corps"... A peu de mots près, c'est ce que disent les partisans de l'avortement: un enfant, QUAND JE VEUX, c'est-à-dire,si je le décide ou pas. Le droit de la femme à disposer de son corps. De quel droit parle-t-on ? Celui de vie ou de mort sur ses semblables, sur son enfant ? Le foetus n'appartient pas à une personne. Il est le résultat de l'union d'un homme et d'une femme, et il est distinct du corps de sa mère: il possède un ADN unique au monde, avec en lui les germes d'une personnalité nouvelle, différente, inestimable.
Voici le commentaire que livre le journaliste Patrice de Plunkett par rapport au verdict Courjault:
"Charles Péguy disait qu'il y a deux barbaries dans l'Histoire : celle d'avant, qui permet tous les progrès ; et celle d'après, qui ne laisse pas d'avenir.
Dans l'Antiquité païenne, le nouveau-né n'obtenait droit à la vie que lorsque le père l'avait officiellement reconnu en le plaçant sur son genou devant le clan réuni. Si le père le rejetait (au nom du clan), le bébé était jeté aux chiens. C'était la barbarie d'avant.
Dans la société ultralibérale, où nous serons enfermés quelque temps encore, la mère aura le droit de supprimer le nouveau-né si elle le rejette au nom de ce qui se passe dans sa tête à elle. L'enfant n'aura pas d'existence objective. Ce sera la barbarie d'après.
Entre l'avant et l'après, il y a eu la lente émergence du droit de la personne : les historiens savent (et les journalistes ignorent) que ce fut une invention chrétienne. Ce droit a commencé à disparaître au XXe siècle, le jour où le psy-business a imposé l'idée que l'enfant à naître n'existait que s'il était validé (dans l'esprit de ses géniteurs) par un « projet parental » ; mais qu'en l'absence de ce « projet », le foetus perdait son existence objective. Cette théorie légitimait tout. On sait à quoi elle a servi. Maintenant elle se développe : outrepassant la frontière du prénatal, elle conquiert le postnatal. Des avocats, des psy, des journalistes, des jurés, bientôt la société entière (ou presque) admettront l'infanticide. C'est le résultat du subjectivisme illimité, qui justifia la théorie du « projet parental », et qui justifie maintenant celle du « déni de grossesse » avec déni d'infanticide.
Mais on ne peut pas s'en tenir à constater ce processus. Il faut en identifier les causes. Le subjectivisme en bioéthique n'est qu'une des variantes du subjectivisme global (« je ne veux connaître que mes pulsions »), qui est l'idéologie de la société consumériste.
Sa cause est donc économique et commerciale, dans une société où l'économique s'est substitué à tout et notamment à l'éthique. "
Autre remarque: si Mme Courjault avait éliminé ses enfants quelques mois avant leur naissance, elle n'aura jamais été poursuivie en justice, puisque l'avortement est autorisé, considéré comme un droit, et que ce n'est pas un meurtre sur le plan légal. D'ailleurs, si cette même dame était citoyenne du royaume des Pays-Bas, elle aurait eu le droit d'assassiner ses trois nouveaux-nés, non de sa main, mais par euthanasie, le plus légalement possible... Si enfin elle avait pris contact avec un médecin pour un avortement tardif, elle aurait pu faire tuer ses enfants selon ce droit reconnu par la même Justice qui l'a condamnée.
Quelle est la différence entre l'atteinte à la vie d'un enfant dans le ventre de sa mère et après sa naissance ? Aucune. Condamner l'infanticide, c'est condamner l'avortement, voilà ce qui gêne tant notre société schizophrène !
Je m'inquiéterai du sort des bébés phoques quand on cessera de tuer des milliers d'enfants avant et après leur naissance.