Une année pour les prêtres

Publié le par Pierre

Le Pape Benoît XVI a ouvert l'Année sacerdotale le 19 juin 2009 par une lettre adressée aux prêtres du monde entier, dans laquelle il rappelle l'exemple du St Curé d'Ars, alors que l'identité du prêtre est remise en question.

Un mois avant le début de l'Année sacerdotale, un scandale a entaché l'Église catholique américaine:  alors qu'aux Etats-Unis, en Australie, et même en Grande-Bretagne, des milliers d'Anglicans, dégoûtés par la dérive moderniste de l'Église anglicane (bénédiction du mariage homosexuel, ordination de femmes prêtres et évêques...), rejoignent l'Église catholique, un des prêtres les plus appréciés des États-Unis, le Père Alberto Cutié, véritable star médiatique, a quitté sa paroisse de Floride pour faire le chemin inverse. La raison ? Le fougueux padre latino s'est entiché d'une belle divorcée et des photos du couple enlacé sur la plage de Miami sont parues dans la presse people. Sommé par l'archevêque de renoncer à sa liaison, il a choisit de changer d'Eglise (un exercice courant aux USA, où chaque habitant change trois fois de communauté religieuse en moyenne pendant sa vie), car chez les Anglicans, le célibat des ecclésiastiques n'est pas obligatoire. Le 31 mai, Alberto Cutié se rend donc au culte à la Episcopal church of Ressurection, accompagné de sa fiancée. Très vite, un sondage circule dans la communauté hispanique de Floride, qui se dit suite à cet évènement favorable à 71 % au mariage des prêtres.

Un malheur n'arrivant jamais seul, le cardinal-archevêque de Vienne Kristoph Schönbrun a transmis à Benoît XVI le 15 juin une pétition de fidèles autrichiens en faveur de l'abolition du célibat des prêtres, de l'accès à la prêtrise pour les femmes et de l'ordination des hommes mariés. Aussitôt, un prêtre réputé du diocèse de Linz, Josef Fiedl, rendait public son concubinage avec une femme. Troublante coïncidence, un sondage TNS-Sofres paru le 18 juin dans le journal français La Croix affirmait que 73 % des catholiques pratiquants seraient favorables au mariage des prêtres (contre 82 % des Français), ainsi que 67 % favorables à l'ordination des femmes.

Le débat autour du mariage des prêtres n'est pas récent. Déjà, dans les excès des années 1970, certains curés français poussés par un "esprit du concile Vatican II" (ou par l'esprit de Mai 68 ?) avaient quitté l'Église pour prendre femme sous les applaudissements des médias. Il n'est pas rare que la question resurgisse ponctuellement, et provoque parfois de vifs débats chez les Catholiques. Le célibat sacerdotal n'est pourtant pas une obligation biblique. Jusqu'au XIIe siècle, les prêtres pouvaient se marier et fonder une famille, mais assez vite, on a objecté qu'un homme ne pouvait se consacrer entièrement à Dieu et à sa famille en même temps. Depuis, l'Église catholique romaine seule a conservée cette discipline, alors que les Églises protestantes et l'Église anglicane permettent le mariage des pasteurs, et que les Églises orthodoxes admettent l'ordination d'hommes mariés (ce qui est différent du mariage des prêtres), de même que plusieurs communautés catholiques orientales.

Le célibat est indissociable de la nature du prêtre. Pour l'Église catholique, le prêtre est celui qui a fait le libre choix de vivre selon le Christ. En ce sens, il a été ordonné et consacré, inscrit dans la lignée des Apôtres. Chez les Protestants, le pasteur, qui peut être une femme, n'est pas une personne consacrée ; c'est un professeur de théologie - prédicateur qui enseigne la Bible et conduit une communauté, il n'a donc pas de promesse de célibat à respecter (Luther le théologien avait bien vu les choses). Pour les Orthodoxes, enfin, le prêtre se situe dans la succession apostolique, mais à la différence des Catholiques, il ne peut imiter Jésus, qui est la perfection divine, et doit se contenter de ressembler aux disciples, dont certains étaient mariés. Cependant, un prêtre orthodoxe qui a fait voeu de célibat avant son ordination doit s'y tenir, de même que la fonction d'évêque, parce qu'elle demande un total engagement, est réservée au célibataire.

La prêtrise catholique n'est pas un métier ou une "fonction": elle un "état" de vie. Quand un homme se marie, il choisit librement un état de vie qui implique pour lui d'assumer les fonctions d'époux, de père, d'éducateur des enfants. On ne choisit pas de devenir époux ou épouse comme on choisit d'être boulanger: on est boulanger durant le temps légal de travail, et après on passe à autre chose. On est époux tout le temps, toute sa vie. Il en est de même pour la prêtrise : la prêtrise est d'abord un état de vie et non un métier comme un autre. Or la prêtrise, en tant qu'état de vie, oblige à deux choses: une disponibilité totale dépassant le cadre d'une famille, et une vie conforme à celle du Christ. Cette identité essentielle est telle que le prêtre, à la messe, dit bien: "ceci est MON corps..." et non pas "ceci est le corps du Christ". "MON": le prêtre est ici totalement identifié à celui dont il est le ministre.

La rhétorique des partisans du mariage des prêtres dissimule en réalité d'autres enjeux pas très catholiques: d'une part, il s'agit de désacraliser la notion de prêtre en tant que serviteur de Dieu sur Terre pour en faire un pasteur protestant, c'est-à-dire un homme comme les autres. D'autre part, cette polémique s'inscrit dans l'évolution du monde moderne. A en croire certains "observateurs", si l'Église catholique perd des fidèles en Europe c'est parce qu'elle refuse de changer d'image et de se fondre dans les modes... Une dangereuse erreur: l'Eglise anglicane est la plus touchée par la fuite des croyants, et ce, malgré le fait d'avoir ordonné évêque d'Australie la so british Mrs Kay Goldsworthy en 2008.

Le prêtre n'a pas vocation à suivre le courant de la société actuelle. Il doit justement se faire le messager d'un Christ qui dépasse les cultures et les époques. Cependant, la situation des prêtres devient malgré tout difficile dans un Occident sécularisé en proie aux caprices et aux plaisirs éphémères. Alors que les vocations se font rares en Europe, elles progressent en Afrique et en Asie. Benoît XVI, conscient de cette remise en cause, se soucie  de faire réfléchir sur l'identité même du sacerdoce. Dans sa lettre adressée aux prêtres du monde, le Pape explique: "L'Année sacerdotale veut contribuer à promouvoir un engagement de renouveau intérieur de tous les prêtres afin de rendre plus incisif et plus vigoureux leur témoignage évangélique dans le monde d'aujourd'hui". Il prend exemple sur le saint patron des prêtres, le curé du hameau d'Ars, modeste ecclésiastique du XIXe siècle perdu dans un village déchristianisé du Lyonnais qui, à force de sacrifices et de prières, parvient à convertir les habitants de sa paroisse. "Les enseignements et les exemples de Saint Jean Marie Vianney peuvent offrir à tous un référence forte: le Curé d'Ars était très humble, mais il avait conscience, comme prêtre, d'être un don immense pour son peuple." Le prêtre est vital pour la communauté des fidèles. C'est lui qui célèbre la messe, qui confesse, qui accueille... C'est lui qui fait don de sa vie pour Dieu et les hommes. "Une telle chose ne dépend pas de nous, mais du Christ. Le Pape a raison de rappeler que le sacerdoce est un don de Dieu. Nous n'avons rien inventé" déclare Mgr Castet, évêque de Luçon.

Les crises du monde moderne sont le signe que la soif d'absolu reste intacte. La Russie communiste athée est devenue après la chute du Mur la patrie d'un christianisme orthodoxe triomphant.  Aux États-Unis, pays sans doute le plus matérialiste du monde, les Églises et diverses communautés religieuses sont innombrables. La Chine, bastion d'un marxisme reconverti dans la folie de la consommation à grande échelle, compte plus de 70 millions de chrétiens, Catholiques et Protestants confondus... Pour redonner son sens à la vie, il faut autre chose qu'une voiture et du pain. Cela, le Pape l'a compris, et c'est pour cela qu'il souhaite que les vocations soient nombreuses... "car la moisson est abondante".

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Saint Michel Archange 03/08/2009 20:41

Merci pour cette belle et sincere defense du celibat des prêtres...